VÉRITÉ HISTORIQUE
OU
VÉRITÉ POLITIQUE ?
Souvent, il semble que l'esprit s'oublie, se perde, mais à l'intérieur,
il est toujours en opposition avec lui-même. Il est progrès intérieur ­p;
comme Hamlet dit de l'esprit de son père : « Bien travaillé, vieille taupe
! »
HEGEL Nous reconnaissons notre vieil ami, notre vieille taupe qui sait si bien
travailler sous terre pour apparaître brusquement : la Révolution.
MARX Ce qu'il y a de terrible quand on cherche la vérité, c'est qu'on la trouve.
Ouvrage édité à l'enseigne de La Vieille Taupe, avec la participation et
sous la responsabilité de Jacob Assous, Denis Authier, Jean-Gabriel Cohn-Bendit,
Maurice Di Scuillo, Jean-Luc Redlinski, Gabor Tamàs Rittersporn et Serge
Thion.
© La Vieille Taupe Tous droits d'édition, de reproduction et traduction réservés pour tous
pays.
(Samizdat autorisé dans les pays totalitaires).
I. S. B. N. : 2-903279-02-0 Correspondance uniquement :
La Vieille Taupe, B. P. 9805, 75224 Paris Cedex 05 Serge Thion
VÉRITÉ HISTORIQUE
OU
VÉRITÉ POLITIQUE ?
Le dossier de l'affaire FaurissonLa question des chambres à gaz
Éditions LA VIEILLE TAUPE - B.P. 9805 - 75224 PARIS Cedex 05
Du même auteur :Le Pouvoir pâle, ou le Racisme sud-africain, Le Seuil, 1969. Des courtisans aux partisans, essai sur la crise cambodgienne, en collaboration
avec J.-C. Pomonti : Gallimard, 1971. Ouvrage édité avec la participation et sous la responsabilité de : Jacob
Assous ; Denis Authier ; Jean-Gabriel Cohn-Bendit ; Maurice Di Scuillo ;
Jean-Luc Redlinski ; Gàbor Tamàs Rittersporn ; Serge Thion. TABLE DES MATIÈRES
Première partie : Le comment du pourquoi
I. - L'aspect historique
II. - L'air du temps, le temps se couvre
Deuxième partie : Le dossier de l'affaire Faurisson
Chapitre premier : A-t-on lu Faurisson ?
Chapitre II : Ce qu'est l'affaire Faurisson
Chapitre III : L'éclatement de l'affaire
Chapitre IV : De la misère en milieu enseignant
I. - La droite, la gauche
II. - Plus loin, à gauche
III. - La L. I. C. A., c'est quoi ?
Chapitre V Le révisionnisme à l'étranger
Chapitre VI : De la nécessité de l'affaire Faurisson Documents Document I : Interview de Robert Faurisson parue dans la revue Storia
illustrata
Document II : Le Journal d'Anne Frank est-il authentique ? par Robert
Faurisson
Annexes
Document III : Chambre à gaz du pénitencier de Baltimore
Document IV : Iconographie
Document V : Vérité historique, vérité humaine Un texte capital
Conclusion provisoire des éditeurs
Orientation bibliographique
Index (des noms)
PREMIÈRE PARTIE
LE COMMENT DU POURQUOI ? [13]
« En matière de vérité, il n'y a pas de sources impures. »
Pierre Vidal-Naquet, Bulletin d'information
sur le Cambodge, juin 1978, n° 3, page 12.
Voici un individu qui affirme que les chambres à gaz des camps de concentration
allemands n'ont jamais existé, qu'elles sont essentiellement un mythe, né
des horreurs de la guerre. Scandale. On se dit que cet homme est soit un
fou, soit un nostalgique du nazisme. Que les fous délirent ou que des nazis
cherchent à blanchir l'Allemagne hitlérienne, rien que de très normal. Le
contraire, même, serait surprenant. D'un côté, il y a de plus en plus de
fous à cause, dit-on, de la vie moderne. De l'autre côté, nazis, nazillons
et autres crânes vides d'extrême droite n'ont jamais cessé de rêver au Reich
millénaire. Si j'en crois mes souvenirs, leur influence a sérieusement décru
depuis la fin de la guerre d'Algérie, et le démantèlement de l'O.A.S. Quelle
que soit donc la façon de classer cet individu et ses affirmations provocatrices,
son cas semble clair et dépourvu du moindre intérêt.Mais, chose étrange, le fait divers s'enfle, prend des proportions inattendues,
envahit la presse malgré le désir répété qu'elle marque de cesser d'en parler.
Des ministres commentent, des parlementaires interpellent le gouvernement,
l'un d'eux, un giscardien, en profite pour demander l'introduction en France
du Berufsverbot, l'interdiction professionnelle des « extrémistes
». Depuis octobre 1978, la presse ne parvient plus à se censurer elle-même
parce qu'il y a des troubles à l'université de Lyon 2, parce que, couvert
d'injures, l'intéressé se débat et bombarde les journaux de droits de réponse,
que des procès de presse s'instruisent, qu'on en parle à l'étranger, et
qu'enfin les mouvements antiracistes, avec en tête la L.I.C.A., décident
d'écraser le malotru en lui faisant un procès sous l'inculpation, [14]
assez originale en droit français, d'avoir « volontairement faussé la présentation
de l'Histoire ». # Notons ce H majuscule, et attendons de voir comment la
justice se débrouillera avec cette hypostase. La rumeur court la ville, quand elle n'est pas imprimée noir sur blanc,
que les idées de ce M. Faurisson sont irrecevables parce qu'elles sont le
fait d'un nazi, ou d'un pro-nazi, et d'un antisémite. Qu'il récuse l'un
et l'autre qualificatifs, qu'il gagne là-dessus un procès en diffamation
contre le Matin de Paris, ne changera rien aux convictions de ses
détracteurs fondées non tellement sur ce qu'il dit que sur les intentions
plus ou moins louches qu'on lui prête. Il faut dire tout net que ces procès
d'intention n'honorent pas les censeurs, mais surtout que là n'est pas la
question. On peut certainement dire que M. Faurisson est un homme de droite
et, pour être plus précis, une manière d'anarchiste de droite. Néanmoins,
il faut aussi le rappeler, ses élèves et beaucoup de ses collègues le tenaient,
jusqu'au déclenchement de l'affaire, plutôt pour un homme de gauche. C'est,
dans tous les cas, un homme seul. Quant à ses sentiments politiques, pour
autant que je les connaisse, je ne leur trouve rien d'attrayant, sinon un
refus des tabous intellectuels et une certaine propension, que je partage,
à se ranger du côté des vaincus, de ceux qui se trouvent, ou se retrouvent
du mauvais côté du manche. Ce n'est pas tout à fait suffisant, à mes yeux,
pour fonder une morale politique, mais c'est un assez bon vaccin contre
les illusions du pouvoir. Ce qu'il faut récuser avec la dernière énergie, c'est l'idée qu'un argument
quelconque proféré par un ennemi politique soit automatiquement considéré
comme faux, nul et non avenu. Je connais des gens de droite capables, à
l'occasion, de dire des choses fort sensées et des gens de gauche susceptibles
d'énoncer des énormités à vous glacer le sang. Ni l'un ni l'autre de ces
deux faits, connus de chacun, ne m'a jamais amené, ni personne d'autre,
à changer d'opinion politique. Mais il a pu m'apprendre quelque chose, ou
me faire changer d'opinion sur un point bien précis ; à moi de l'intégrer
dans mon interprétation. Il ne faut donc pas se contenter de réclamer la liberté d'expression de
nos ennemis, fussent-ils ennemis de la liberté, [15] comme aussi
essentielle que la nôtre, dont elle est indivisible, mais encore insister
sur le droit de les comprendre, d'interpréter leurs dires sans se faire
traiter idiotement de complice. Certains de mes amis et moi-même, à un certain
moment, avons réalisé qu'il se passait dans le F.L.N. algérien des luttes
qui s'accompagnaient d'épurations sanglantes, avec assassinats, mesures
arbitraires, tortures, etc. C'est surtout la presse d'extrême droite qui
le racontait en détails mais nous pouvions de notre côté en recueillir quelques
échos assourdis. Cela, pour déplorable que nous pouvions le trouver, ne
nous empêchait pas de poursuivre une action solidaire des combattants algériens
puisque nous voulions que l'Algérie revienne aux Algériens. Pendant ce temps-là,
Jeanson et d'autres parlaient de la révolution socialiste en marche en Algérie.
Valait-il mieux se bercer de cette illusion ridicule ou, en reconnaissant
ce qu'il y avait de bien-fondé dans la presse fasciste, continuer lucidement
un combat, en sachant qu'il avait des limites ? Inversement, fallait-il, quelques années plus tard, accepter les élucubrations
des maoïstes qui rêvaient leur Prochine, parce qu'ils offraient des garanties
de gauche ? Et, rétrospectivement, ne veut-on pas voir que seuls, les services
de renseignements américains ont dit, dès avant la fin de la guerre au Cambodge
en 1975, que les Khmers rouges déportaient les populations, régnaient en
certains endroits avec la plus extrême brutalité, et avaient des accrochages
militaires avec le Viêtcong ? Reconnaître que la C.I.A. avait raison sur
ces faits matériels, que nous avons eu tort à ce moment-là de n'y voir que
de la propagande, est-ce que cela nous entraînerait à justifier l'intervention
américaine et son cortège de massacres, responsables du déclenchement de
ces atrocités en chaîne ? On pourrait multiplier les exemples par mille. Rien non plus n'oblige, parce qu'on comprend qu'on s'est trompé à aller
pleurer des larmes d'innocence bafouée dans les colonnes de la presse adverse
et de vendre à bon prix le récit pitoyable de ses naïvetés successives.
Il y a toujours des gangsters qui se font flics, des staliniens qui deviennent
chiraquiens et des maoïstes pour aller aux petits soupers de Giscard. Il
y a même de faux renégats comme ceux qui revendiquent une imaginaire sympathie
pour les Khmers rouges afin de battre plus bruyamment leur prétendue coulpe.
Tous ceux-là, quand ils se détrompent, ils se trompent autrement.
[16]
Faurisson, donc, à mon avis, est un homme de droite. Ce qu'il pense de la
signification politique de ses affirmations ne nous intéresse pas particulièrement.
Ses intentions, nous n'avons nul motif de les discuter. Mais il émet des
affirmations à propos de faits et de réalités d'un passé proche.
Certes, qu'un individu plus ou moins qualifié écrive n'importe quoi sur
n'importe quel sujet est une constatation d'une accablante banalité. Il
vous suffit de connaître un peu une question pour l'avoir étudiée de près,
ou une situation pour l'avoir vécue, pour vous rendre compte que les colonnes
de journaux et les rayons des librairies sont encombrés d'élucubrations
que rien ne distingue apparemment d'ouvrages sérieux qui méritent notre
estime. L'effroyable tragédie de la déportation s'est révélée un sujet propice
à toutes sortes d'affabulations que seuls d'anciens déportés peuvent identifier
du premier coup d'il. Pour nous c'est plus difficile. Affirmer que les chambres à gaz n'existaient pas fait donc immédiatement
penser à ce « n'importe quoi », à l'universel et fadasse ketchup qui assaisonne
à notre époque tous les mets de l'esprit. L'apparition de ce personnage
scandaleux s'est d'ailleurs faite dans le sillage d'une autre affaire, nettement
bouffonne : l'interview de Darquier de Pellepoix, vieux débris vichyste,
antisémite authentique, avec qui il était facile d'amalgamer notre encombrant
tabellion. Les journaux, dans un bel ensemble, ne s'en privèrent pas. Devant de si chétifs adversaires, confondus au mépris de la réalité, on
a alors vu se lever une touchante unanimité nationale. Ministres, parlementaires,
éditorialistes de tous bords, soupçonnèrent les nouvelles générations d'ignorer
le passé, et peut-être même de s'en foutre. La diffusion du drame romancé
américain Holocauste fut décidée en hâte. Dans le Monde, on
vit donner la grosse artillerie, avec une déclaration solennelle signée
par trente-quatre des plus connus de nos historiens # Après avoir rappelé
les données de la politique hitlérienne d'extermination, telles qu'elles
nous sont habituellement connues, la déclaration se termine par le paragraphe
suivant : [17]
«Un dernier mot pour finir. Chacun est libre d'interpréter un phénomène
comme le génocide hitlérien selon la philosophie qui est la sienne. Chacun
est libre de le confronter ou de ne pas le confronter avec d'autres entreprises
de meurtre, antérieures, contemporaines, postérieures ; chacun est libre,
à la limite, d'imaginer ou de rêver que ces faits monstrueux n'ont pas eu
lieu. Ils ont malheureusement eu lieu et personne ne peut en nier l'existence
sans outrager la vérité. Il ne faut pas se demander comment, techniquement,
un tel meurtre de masse a été possible. Il a été possible techniquement
puisqu'il a eu lieu. Tel est le point de départ obligé de toute enquête
historique sur ce sujet. Cette vérité, il nous appartenait de la rappeler
simplement : il n'y a pas, il ne peut y avoir de débat sur l'existence des
chambres à gaz. » C'est là que j'ai décroché. Hic jacet lepus : des historiens
de métier disent qu'il ne faut pas se demander comment un événement
a pu se passer, pour le motif que, convaincu de son existence, l'historien
n'est pas désireux de la remettre en question. Voici une intolérable borne
qu'aucun d'entre eux n'accepterait de voir mise à ses propres recherches,
dans le domaine historique qui lui est propre. En y pensant davantage, le
vertige me gagne : de quel événement historique, de quelque nature qu'il
soit (économique d'abord, mais aussi militaire, culturel, social, psychologique,
etc.), pourrais-je fournir une raison sans m'être interrogé, à un moment
ou à un autre, sur son mode d'existence technique, sur le comment
de son pourquoi ? Je comprends bien pourquoi d'aussi éminents historiens
ont signé ce texte. (Je ne me demande pas pourquoi d'autres historiens,
tout aussi éminents, ne l'ont pas signé, ni pourquoi la plupart des véritables
spécialistes du problème s'en sont également abstenus.) Ils l'ont fait par
solidarité intellectuelle et politique, plus que par compétence réelle puisque
dans l'ensemble ils travaillent dans des domaines très différents. Ils ont
signé en confiance. Ce qui me paraît le plus frappant, c'est justement que
pour faire cet acte politique ­p; interdire tout débat sur l'existence
des chambres à gaz ­p; des historiens cautionnent un texte qui limite
expressément le domaine de la recherche à ce qui est l'acquis de la génération
précédente. Pour moi, qui fais quelque peu profession de cette recherche,
le diktat est inadmissible. On m'objecte que l'intention de ce texte n'est pas du tout d'interdire quoi
que ce soit, que sa formulation est sans doute un peu maladroite, et même
ambiguë, et que je choisis de le [18] comprendre de la façon la moins
indulgente. Il voudrait tout simplement dire que des faits ­p; la politique
d'extermination, l'utilisation massive des chambres à gaz ­p; sont connus,
que de multiples preuves parfaitement convaincantes sont à la disposition
du public et qu'il est absurde de vouloir nier des évidences. Et l'on rappelle
les écrits qui mettent en cause l'existence physique de Jésus de Nazareth,
Jeanne d'Arc, Napoléon, etc. Je trouve l'analogie plaisante, sans plus.
On me dit en somme qu'il ne faut pas se mettre martel en tête et qu'intervenant
au milieu d'un débat sur l'existence des chambres à gaz, « il ne peut y
avoir de débat » là-dessus. La contradiction n'est pas mince. Si j'écris
que le général de Gaulle n'a jamais existé, je doute que le Monde
consacre plusieurs pages à me réfuter. Si l'on me dit par conséquent qu'il
y a des limites à un débat historique, j'en tomberai d'accord. Il
y a certainement des affirmations qui ne valent pas la peine d'être discutées.
Il arrive encore souvent à l'Académie des sciences des mémoires qui entendent
résoudre la quadrature du cercle alors qu'elle a décidé, à juste raison,
de ne plus les examiner. Encore faut-il que les données de base soient claires pour tout le monde,
étudiées de façon à peu près exhaustives et que la discussion sur l'établissement
des faits ait été menée à son terme. Ensuite se déploie le jeu des interprétations.
Qu'est-ce qu'une discussion ici ? L'examen des arguments, leur évaluation,
leur rejet ou leur acceptation au nom de raisons explicites, par exemple
l'analyse des compatibilités avec le contexte. Le débat qui a eu lieu dans le Monde n'est pas une discussion dans
ce sens-là (sauf, très partiellement, deux articles de G. Wellers). La déclaration
des historiens affiche ses couleurs : voici la version des faits, telle
que nous la contresignons ; sur l'objet du débat, on ne discute pas puisque
étant exclu de notre interprétation il n'a pas de réalité. La difficulté,
celle de répondre à Faurisson (c'est ce qu'attendent certains lecteurs)
est escamotée puisqu'on dit qu'il n'y a pas lieu de lui répondre (c'est
ce qu'attendent certains autres lecteurs). Il n'est pas étonnant que la
conclusion de cette déclaration soit maladroite ou ambiguë. Si elle ne l'était
pas, elle devrait choisir entre deux positions également brutales : soit
« tout cela est idiot parce que ça ne cadre pas avec notre interprétation
», soit « cela nous gêne, nous émeut pour des raisons personnelles, cela
touche à l'indicible, nous ne supportons pas un tel débat qui outrage ce
que nous ressentons de plus sacré ». [19] Je reviendrai sur cette première conclusion implicite et je la critiquerai.
Quant à la seconde, on ne me fera pas l'injure de croire que je ne suis
pas conscient de tout ce que cela peut soulever d'émotions, et je les trouve
parfaitement compréhensibles. Je remarque d'ailleurs que l'émotion la plus
vive se retrouve chez ceux qui n'ont pas connu la déportation. Les déportés,
ceux que je connais, ont conscience de n'avoir connu que des aspects parcellaires
de la déportation et ils ne se retrouvent pas toujours dans les écrits qui
en traitent. Je voudrais revenir sur cette deuxième conclusion implicite
de la déclaration puisqu'elle met les auteurs dans la difficile situation
d'avoir à expliquer longuement qu'ils ne veulent pas en parler, au moins
d'une manière qui s'écarte de l'orthodoxie. Ils auraient pu préférer le
silence, traiter cette affaire par le mépris et je suis persuadé que cette
attitude existe. Je la comprends et je peux même l'approuver. Je ne vois
pas au nom de quoi on devrait toujours se soumettre à toutes les remises
en cause apportées par l'air du temps. On peut se carrer dans ses certitudes
et refuser poliment un débat que l'on pense inutile ou douloureux. Mais
si l'on décide d'intervenir, si l'anxiété de convaincre vous taraude, alors
il faut être prêt à s'expliquer sur tout, à déballer la charpie, à supporter
les coups d'épingle de la critique. Pour résumer son sentiment sur le sens de cette affaire, l'un des signataires
de la déclaration me dit : « Ceux qui visent ce que les Juifs ont de plus
sacré sont des antisémites », allusion à ce que l'on nomme maintenant d'un
terme emprunté au rituel, l'holocauste. # Il est facile ici d'être très
clair : cette affirmation est totalement irrecevable. Que chacun place le
sacré où il le voit, soit. Qu'il impose à autrui de le respecter comme article
de foi, non. Pour un matérialiste, le sacré n'est qu'une catégorie mentale
parmi d'autres, dont il peut même suivre l'évolution historique. On ne peut
pas faire semblant de faire révérence à tous les sacrés protéiformes engendrés
par la totalité des croyances humaines. Il ne serait pas sage non plus de
trier. Il me suffit que l'on respecte les individus en chair et en os, et
leur liberté matérielle et morale. Il n'est peut-être pas inutile, au moment
où la dernière mode est le retour au religieux, où l'on mélange allégrement
les ayatollah et les braderies « judéo-chrétiennes » du premier éphèbe venu,
de réaffirmer [20] qu'aucune croyance n'est en soi respectable. Chacun
se débrouille avec les siennes et celles des autres. Ni dieu ni maître.
C'est le moins que l'on puisse réclamer dans une société laïque. Libre aux
idolâtres de ne point écouter les contempteurs des idoles. On m'opposera
peut-être qu'entre l'absence de respect pour le sacré d'autrui et le passage
à l'acte pour interdire une croyance, il n'y a qu'un pas, vite franchi.
En réalité, on n'abat les idoles que pour les remplacer par des fétiches
et on a vu que les révolutions s'entendaient assez bien à remplir à leur
profit les formes d'un sacré qu'elles avaient auparavant cherché a vider
de leur contenu. L'homme est croyant, dit-on partout et je le suis peut-être
aussi puisque je crois qu'il ne devrait pas l'être. Il y a, pour ne pas maintenir l'aura du sacré, autour du phénomène nazi
une autre raison, plus contingente, mais définitive : le temps qui passe.
Pour ceux qui arrivent maintenant à l'âge d'homme, la guerre d'Algérie est
à peu près aussi lointaine que celle de 14 ; on voit d'ailleurs ses jeunes
anciens combattants frétiller du désir d'émuler leurs anciens, le 11 novembre
devant nos tristes monuments aux morts. La deuxième est aussi reléguée dans
ces temps antédiluviens. Les sensibilités ne sont plus les mêmes et la réitération
des discours d'après-guerre tombe à plat. La mode rétro, c'est d'abord la
mode transfo. L'effet de la diffusion du téléfilm Holocauste semble
avoir été ambigu, on en voit des signes multiples. # Je relève ainsi dans les journaux un article qui rend compte d'un ouvrage
allemand récent sur Hitler :
« Les jeunes Allemands nés après la guerre ont à l'égard de la politique
nazie des sentiments mêlés. L'incompréhension bouleversée devant l'étendue
des horreurs commises par les nazis et remises a l'ordre du jour par la
retransmission de la série Holocauste à la télévision se combine
avec une impatience et un agacement de moins en moins dissimulés devant
la culpabilité silencieuse et refoulée de leurs aînés. Une culpabilité qu'ils
ne veulent plus ni accepter ni assumer, et qui donne naissance à une sorte
de curiosité distanciée, froide et sans complexe, pour une période historique
qu'ils connaissent le plus souvent fort mal, mais avec laquelle ils ne peuvent
pas ne pas se confronter. C'est une curiosité pour l'histoire. [21]
»
«La condamnation ne suffit plus : sauf pour une infime minorité d'incorrigibles,
la cause est entendue Mais il leur faut s'informer et analyser pour comprendre
ce qui est arrivé et surtout comment cela a pu arriver. »
Ce type nouveau d'interrogation, chez nos jeunes voisins, ne conforte pas
les craintes de ceux qui redoutent un mouvement subreptice vers la réhabilitation
:
« La condamnation d'ensemble d'Hitler ne pâtit pas de ce parti pris de détachement
et de non-conformisme, bien au contraire : elle n'en devient que plus convaincante.
Elle est le résultat non pas d'une thèse, mais d'une analyse et d'une évaluation
qui ne gomment aucun des aspects contradictoires, aucune des incohérences
et des ruptures du moins apparentes et qui jalonnent la vie et surtout l'action
publique d'Hitler et qui proposent des interprétations éclairantes sur ce
qui y reste encore à beaucoup d'égards énigmatique. » Je garde en réserve « ce qui reste d'énigmatique » et je rappelle le titre
de l'article : « Prendre Hitler au sérieux ». # Cet ouvrage, qui semble
prendre l'histoire au sérieux, n'est certes pas issu de l'école révisionniste,
où se range Faurisson. Mais il semble s'y apparenter par ce souci de distance
qui marque la naissance de cette période à l'histoire. C'est précisément
ce que l'on veut dire par l'histoire jugera. C'est parce qu'ils sentent
confusément ce changement de statut d'un passé qui, finalement, est le leur
que tant d'intellectuels et de politiciens s'insurgent contre une évolution
qui les engloutit. La temporalité de l'action, la leur, celle de leurs proches,
survivants et disparus, réverbère encore dans les consciences, longtemps
après que la poussière est retombée sur leurs traces, imperceptible aux
autres qui sont happés par l'avenir. Je le sais aussi, ce n'est pas sans
vertige que je mesure le flot écoulé entre les temps forts de mes participations
à ce qui faisait des événements. Et le souvenir, qui déforme, et retranche. Cette digression ne s'achèvera pas sans répondre à une sorte d'objection
seconde, qui est la spécificité du destin juif, et surtout tel qu'il s'est
incurvé pendant la période nazie. Ce qui vaudrait peut-être pour le sacré
des autres, relativement, ne [22] vaudrait pas pour lui, parce qu'il
est un phénomène unique que le reste de l'humanité doit des comptes au peuple
juif. Il faut donc là aussi dire qu'il n'y a de destin des hommes ou des
groupes d'hommes que singulier et que la spécificité des uns est à peu près
hermétique à la spécificité des autres Pour moi qui ne me connais pas d'autre
patrie que l'archipel des amitiés et des rencontres, qui me suis fait de
toutes un peu, et sur plusieurs continents, un homme vaut un homme. Ce qu'ils
ont en commun, ce qui est comparable de l'un à l'autre, est bien mince et
vaut peu. Ce sont les singularités, autrement riches emmêlées, juxtaposées,
à peine transmissibles qui sont la trame réelle de nos errances. Je ne conçois
pas, pour parler d'expérience, que l'on puisse croire qu'il y a plus de
gloire ou de malheur a être Juif, ou zoulou, ou mélanésien, ou mnong, avec
les extrêmes diversités que représentent ces appartenances, plus ou moins
choisies et assumées. Je n'aime pas ces généralités qu'on vous balance comme
des obus de 75. Nous devenons tous trop interlopes et disparates pour supporter
encore longtemps ces vieilles chimères : vous êtes ceci, je suis cela Ce n'est qu'au prix d'un recours théologique avoué ou non, que l'on peut
ainsi singulariser un groupe et lui assigner un rôle distinctif : On voit
bien comment une idéologie fondée sur la notion d'élection prédispose à
l'affirmation d'une spécificité irréductible. Mais n'importe quel groupe
humain est fondé a se Jouer sa propre théophanie, au nom d'une intériorité
qui ne s accorde à aucune autre. On peut en choisir une, ou n'en choisir
aucune. Personne ne niera qu'il existe une sorte d'hésitation, ou même de censure,
à l'égard de tout discours tenu sur les Juifs, ou sur des Juifs, ou le sionisme,
ou Israël, si la parole émise n'a pas été d'abord, d'une façon ou d'une
autre, autorisée. Pour l'écouter, il faut savoir, comme on dit, d'où
on parle. Faute d'une sanction appropriée, d'une marque de légitimation,
tout discours sur ce sujet est voué aux gémonies, livré au soupçon, il arrive
ainsi qu'on entende des propos qui, tenus par un Juif critiquant par exemple
le sionisme ou telle attitudes des institutions juives, seront considérées
comme intolérables dans la bouche d'un gentil, l'accord se faisant là-dessus
entre Juifs et non-Juifs. Le terme même de « juif » a longtemps été évité
dans le vocabulaire de la gauche. Pour s'autoriser, un discours qui traite
d'un aspect quelconque de la judéité se doit de conjurer une culpabilité,
c'est-à-dire de transférer celle des coupables [23] (les nazis, leurs
partisans et les antisémites) sur ceux qui ne le sont pas mais qui doivent
l'assumer puisqu'ils font partie d'une collectivité qui a engendré lesdits
coupables. Le grand référent, d'usage universel, c'est Auschwitz. C'est
le mot de passe, le symbole qui dédouane. Ouvrez un journal, n'importe quel
jour, vous trouverez le nom d'Auschwitz mentionné, en rapport avec n'importe
quoi. Il dit tout. Et, bien sûr, il ne dit rien. Qu'arrivera-t-il, si par un refus qui m'est
habituel de ce qui m'apparaît comme une simple convention, je me prends
à considérer la réalité de ce que fut cette morne plaine, à tâcher
de comprendre ce que fut l'édification de ce qui fut d'abord historiquement
une gigantesque entreprise industrielle et politique ? Si derrière le symbole,
je cherche les faits auxquels je serais tenté d'appliquer les méthodes d'intellection
dont je ferais usage en d'autres occasions ? Suis-je un monstre froid, à
prétendre continuer à raisonner devant le spectacle insoutenable de l'horreur
? Je sais qu'il y a des choses pour lesquelles il n'y a pas de mots. J'ai
vu un jour à Danang, au Viêt-Nam, quelques braves G.I. aligner deux centaines
de cadavres de villageois qui avaient été napalmés dans la nuit J'étais
dans la foule viêtnamienne, à regarder cela, hébété. Les Américains rigolaient
et prenaient des photos, pour envoyer à la maison. Comment dire ? Comment
en parler ? Laissons s'évanouir ces visions dans les brumes des passions
passées. Laissons à ceux qui le désirent le soin de recourir aux pénibles
démarches de la raison, s'ils veulent savoir le comment de tous les pourquoi.
D'autres ne se sentiront pas la force de séparer l'émotion qui les étreint
de l'usage parfois glaçant de la raison analysante : je les comprends, je
préfère leur repos et je n'attends pas leur réponse. Car, en effet, il s'agit,
pour reprendre un mot qui fait diantrement moderne, de « banaliser », si
banaliser veut dire appliquer des règles uniformes de jugement à tel événement
comme à tel autre. Mais l'historien choque toujours le témoin puisqu'il
banalise l'expérience toujours unique de celui qui est passé par là. S'il s'agit vraiment de faire savoir aux jeunes générations ce qui s'est
passé pour qu'on ne « revoie plus jamais ça », il faut leur présenter la
vérité d'aussi près qu'on peut la serrer, débarrasser l'image de la déportation
de tous les mythes qui l'encombrent, et répondre aussi clairement que possible
à toutes les [24] questions qui ne manqueront pas d'être posées.
C'est certainement cela le respect que l'on doit à ceux qui ont souffert.
Toute indignation qui n'aurait pas pour raison exclusive la recherche de
la vérité, avec ce que cela comporte d'occasions de douter, aurait sûrement
une portée politique visant davantage le présent que le passé ; il faudrait
la traiter en procédé polémique qui utilise à mauvais droit la souffrance
des autres. Pour l'instant, je note que cet aspect politique ­p; et,
nolens volens, polémique ­p; risque de dominer. Je demande donc,
pour être un peu méthodique, que l'on suspende un moment le jugement politique,
afin que l'on puisse se demander s'il existe la moindre raison de se poser
le problème des chambres à gaz en termes de faits historiques. [25]
I. - L'aspect historique
Il y a une raison, à mes yeux très simple, et que personne ne refusera :
il a existé et il existe encore des désaccords graves entre les témoins,
entre les déportés, entre les nazis accusés devant les tribunaux alliés,
et entre les historiens qui ont tenté des synthèses sur l'histoire de la
déportation, au sujet de l'emplacement, du fonctionnement et de l'existence
même de certaines chambres à gaz.On peut s'en donner une idée en lisant les trois petites pages (sur 667)
que consacre Olga Wormser-Migot au « problème des chambres à gaz » dans
sa thèse sur le Système concentrationnaire nazi, 1933-1945. # Elle
n'y discute que de Mauthausen et de Ravensbrück ; elle remarque que les
témoignages se contredisent, que beaucoup sont bourrés d'invraisemblances,
que les commandants des camps « semblent avoir renchéri dans l'horreur »
(p. 540) au cours de leurs procès, où leurs « confessions » (les guillemets
sont d'O. W-M.) lui paraissent « très singulières » (p. 543-4). Parlant
des témoignages qui placent des chambres à gaz à Mauthausen et Oranienburg,
elle écrit que « ces affirmations nous paraissent de l'ordre du mythe ».
Quant à Ravensbrück, où la chambre à gaz aurait été une « baraque en bois
» (d'après Marie-Claude Vaillant-Couturier), « on remarquera enfin que les
déclarations sur l'existence des chambres à gaz de Ravensbrück la situent
à partir de février 1945, date de l'arrivée des évacués d'Auschwitz » (p.
544), affirmation qui est d'ailleurs contestée. Ces passages d'une historienne qui a consacré des années à la recherche,
ont douloureusement ému Germaine Tillion, ethnologue réputée, elle-même
déportée à Ravensbrück pour fait de résistance. Elle avait, dès le début
de son séjour au camp et après la libération, rassemblé ce qui pouvait l'être
de données sur les déportées et sur le fonctionnement du camp. Par un travail
d'une remarquable minutie et d'une grande prudence dans la méthode, elle
est arrivée à reconstituer une bonne partie de l'histoire de ce camp de
femmes. # Elle démontre, par exemple, que certains souvenirs précis sont
totalement faux, ou [26] déplacés dans le temps ou l'espace. Il faut
pour établir un fait même minime, de nombreux recoupements. Il est donc
tout à fait remarquable qu'elle puisse montrer que l'existence de la chambre
à gaz ne faisait de doute pour personne, sûrement pas pour les S.S. du camp
au cours de leur procès, et n'en donner aucune preuve indiscutable, au point
de ne pas la faire figurer sur le plan pourtant détaillé qu'elle donne du
camp (p. 272-3). On comprend, à la lecture de ce livre grave et émouvant
qu'elle ne puisse pas imaginer avoir à fournir de preuves de ce qui lui
paraît si manifestement et évidemment vrai. Les historiens de profession se rangent pourtant de l'autre côté et considèrent
cette chambre à gaz comme mythique Cela est fort troublant. En cherchant
un peu plus loin, on s'aperçoit que l'on possède des témoignages, enregistrés
à Nuremberg et ailleurs, sur des chambres à gaz que la plupart des historiens
parmi les plus hostiles à l'idée que les chambres en question n'auraient
pas existé, ne considèrent plus aujourd'hui comme ayant existé. Le
directeur du très officiel Institut fur Zeitgeschichte, de Munich, a écrit
en 1960 qu'il n'y avait eu aucun « anéantissement massif de Juifs par le
gaz » dans le « vieux Reich » (l'Allemagne) mais qu'il y en avait eu dans
les territoires occupés de Pologne, nommément à Auschwitz-Birkenau Sobibor,
Treblinka, Chelmno et Belzec #. Je crois que c'est là le consensus des tenants
de l'histoire telle que nous la connaissons habituellement. Certains objecteront
que cette déclaration n'exclut pas les gazages « non massifs » ou les gazages
de non-Juifs, comme à Dachau où, paraît-il, la proportion de Juifs était
faible. Mais la lettre de Broszat s'intitule : « Keine Vergasung in Dachau
», en réponse à un article précédemment paru dans le même Journal. Si l'on accepte la thèse selon laquelle les chambres à gaz n'ont servi que
dans les territoires polonais, il faut éliminer du catalogue des infamies
nazies celles qui sont pourtant mentionnées, et même attestées, à Dachau,
Struthof (en Alsace) Ravensbrück, Mauthausen-Hartheim # et beaucoup d'autres
encore. David Rousset, dans les premières pages de son remarquable les
Jours de notre mort parle d'une chambre à gaz à Buchenwald, [27]
dont personne ne prétend qu'elle ait existé #. Au camp de Dachau, les autorités
ont dû ajouter sur le tard une pancarte sur la prétendue chambre à gaz pour
préciser qu'elle n'a jamais servi. Germaine Tillion nous fournit pourtant
le rapport de M. Albert Fribourg, ingénieur chimiste, capitaine et membre
de la mission militaire française auprès de l'U.S. Army, qui a visité Dachau
six jours après la libération du camp en avril 1945 (pp. 249-251). Il dit,
lui, qu'elle a servi. Alors que croire ? Comment le profane pourra-t-il se dépêtrer de ces documents,
tous convaincants à première vue, qui affirment des choses si complètement
contradictoires ? Peut-on se fier à ces « ouvrages de seconde main [qui]
exigent de leurs auteurs beaucoup de patience, de temps, de mérite, car
pour ne pas se perdre dans ce fatras sanglant, il faut déchiffrer d'innombrables
paperasses incroyablement fastidieuses dont les plus importantes ont été
falsifiées # » ? Dans quel dédale sommes-nous tombés ? Ces falsifications,
tous les auteurs disent qu'elles existent, mais ils ne s'entendent pas pour
les identifier. Pour juger un peu de nos connaissances sur cette effroyable
période, si proche et si lointaine, on peut se référer à l'un de ceux qui
ont le plus travaillé la question, Léon Poliakov, en lisant ceci dans le
nouvel avant-propos qu'il a donné en 1974 a la réédition de son classique
Bréviaire de la haine #: « On constate donc un état de choses assez surprenant. D'une part, le génocide
hitlérien est devenu l'un des grands mythes du monde contemporain, aujourd'hui
encore mal dissociable de toute prise de position politique ou éthique face
aux Juifs, et que les églises ou les chefs d'État, ou les étudiants parisiens
en révolte, ou les moralistes et les romanciers de tous les pays ont invoqué
de tant de façons différentes. D'autre part, malgré l'intérêt constant porté
par le grand public a l'histoire de la Deuxième Guerre mondiale, malgré
le procès Eichmann et malgré le récent renouveau de la production historique
traitant de Hitler lui-même, les historiens, universitaires et autres, se
désintéressent de son entreprise la plus spécifique, celle qui a [28]
fait de son nom un repoussoir et une insulte. En conséquence nos connaissances
sur la solution finale de la question juive ont moins progressé au cours
des vingt-cinq dernières années que celles que nous pouvons avoir de la
Saint-Barthélemy, ou de l'Égypte antique. « Pourquoi cette réticence des chercheurs, complémentaire de la faculté
d'oubli du public ? Ne serait-ce pas en raison d'une diffuse culpabilité,
celle-là même en vertu de laquelle l'antisémitisme, depuis 1945, est frappé
d'interdit, ou camouflé sous d'autres vocables ? Ce serait alors le même
effroi qui le fait censurer avec la dernière sévérité (symptôme, pour le
psychologue, de sa latence au fond des curs) et qui déconseille de savoir
ce qui est réellement arrivé aux Juifs, ou comment opéraient leurs
bourreaux, et pourquoi ils le devinrent. [Puis-je souligner ce « comment
» et ce « pourquoi » ?] Tel semble être le lien entre l'impopularité du
sujet, et la proscription du mot, sinon de la chose ; et c'est donc à une
censure ou à des résistances de ce genre, mais projetées sur le passé, qu'il
faut attribuer la tendance à ne pas s'attarder à ce « mauvais côté » de
l'histoire que fur la souffrance des Juifs. » Il n'est pas peu surprenant de voir ce même Léon Poliakov, qui semble ici
appeler de ses vux des recherches nouvelles, plus approfondies, traitant
du comment et du pourquoi, débarrassées de cette « culpabilité diffuse »
qui censure le sujet, se trouver parmi les signataires de la déclaration
des trente-quatre, et même d'en être l'un des promoteurs, comme on dit en
droit canon. N'en déplaise à ces nouveaux concordistes, un âpre débat existe
entre des auteurs qui professent des principes fort semblables. Ne souhaitent-ils
pas, eux dont c'est le métier faire litière des légendes, des faux témoignages,
des « falsifications » qui obscurcissent ces questions factuelles
? M. Planchais qui fait le chapeau de la déclaration des historiens est
certainement coupable de légèreté lorsqu'il écrit : « Qu'il n'y ait pas
eu de chambre à gaz dans tous les camps de concentration, même dans certains
de ceux où on prétend les présenter aux pèlerins et aux touristes, est un
fait que reconnaissent les spécialistes et es témoins directs. » C'est faux
; soit M. Planchais n'est pas Informé de l'existence de ces dissensions,
soit il les passe sous silence. Et si la tendance de la recherche contemporaine, entérinée par les trente-quatre
qui ignorent le débat mentionné plus haut, [29] consiste à repousser
vers l'Est ces symboles de l'assassinat de masse, en introduisant une distinction
que n'a jamais connue l'administration allemande entre camps « d'extermination
» et camps « de concentration » (seul vocable historiquement attesté), est-il
donc totalement illégitime de vouloir s'assurer que cette fois-ci les documents
ne sont pas falsifiés, que les témoins n'ont pas commis d'erreur, que les
aveux judiciaires procèdent tous d'une bonne foi contrôlable, que l'on a
enfin mis un peu d'ordre et de sérieux dans la critique particulièrement
attentive qui s'impose à une documentation d'où la vérité apparaît si fuyante,
que l'on aura enfin mis au point une méthode pour discriminer entre les
fausses preuves concernant l'existence de chambres à gaz dans des camps
de l'Ouest et les autres, souvent d'origine identique, concernant les camps
de l'Est ? Comment empêchera-t-on de se poser des questions sur la façon
dont travaillait le Tribunal de Nuremberg #, un tribunal dont le statut
précise qu'il « ne sera pas lié par les règles techniques relatives à l'administration
des preuves », qu'il « n'exigera pas que soit rapportée la preuve de faits
de notoriété publique mais [qu'il] les tiendra pour acquis # ». Comment
évitera-t-on de se poser quelques questions sur la valeur de la documentation
produite par le côté soviétique ? « Après la libération du camp d'Auschwitz
la commission extraordinaire d'État de l'Union soviétique pour l'examen
des crimes allemands, présidée par le général dr Dimitri J. Koudriavtcev
s'est immédiatement mise à l'uvre #. » En cette période d'apogée du stalinisme,
les plus beaux titres de gloire des juristes soviétiques sont encore les
procès de Moscou. Il s'en est fallu d'assez peu qu'à Nuremberg les mêmes
juristes soviétiques ne réussissent à refiler aux nazis la responsabilité
des massacres d'officiers polonais à Katyn, dont les charniers ne furent
découverts que par l'avance de l'armée allemande. Mais sur ce plan-là, étrangement,
des gens pourtant prévenus semblent tout disposés à faire confiance aux
Soviétiques et aux Polonais dont l'antisémitisme bien connu garantirait
alors l'honnêteté, tout en considérant que l'antisémitisme des nazis garantit
l'inverse. Quel sérieux est-ce là ?
[30] Et au-delà de ces questions de fait, n'y a-t-il pas matière
à repenser ? « Toute historiographie - dit Paul Veyne - dépend, d'une part,
de la problématique qu'elle se donne, de l'autre, des documents dont elle
dispose. Et si une historiographie est bloquée, cela est dû, tantôt au manque
de documents, tantôt à une problématique sclérosée. Or l'expérience prouve
que la sclérose de la problématique survient toujours beaucoup plus tôt
que l'épuisement des documents : même quand la documentation est pauvre,
il y a toujours des problèmes qu'on ne pense pas à se poser #. » Il me semble bien que Poliakov, dans le passage cité plus haut, décrit un
phénomène qui ressemble à une « historiographie bloquée # ». On pourrait
s'étendre sur les raisons - historiques - de ce blocage, ou plutôt de son
immobilisation sur ce qu'elle était dans l'immédiat après-guerre, période
de reconstruction tant matérielle qu'idéologique. Il faudrait parler du
climat de cette période, du monopole que s'arrogeaient les communistes et
leurs compagnons de route sur tout ce qui avait trait a la guerre et à la
Résistance, sur les terreurs et les infamies qui ont suivi sous le nom d'épuration.
Lisez, ou relisez De la paille et du grain et la Lettre aux directeurs
de la Résistance de Jean Paulhan, qui fut résistant et, surtout, un
esprit critique #. Le commun des mortels croit sans doute, comme je l'ai cru pendant longtemps,
que nous avons sur le sujet de la politique d'extermination nazie une vaste
quantité de documents et d'informations vérifiables. « Abondance de preuves
» titre un article de Georges Wellers, orfèvre en la matière #. François
Delpech, qui expose tout bonnement « la vérité sur la "solution finale"
» # parle de la « multiplicité des témoignages, des documents et des travaux
de toutes sortes ». Ce n'est point [31] l'avis d'un autre spécialiste,
Léon Poliakov : « Seule, la campagne d'extermination des Juifs reste, en
qui concerne sa conception, ainsi que sous bien d'autres aspects essentiels,
plongée dans le brouillard. Des inférences et considérations psychologiques,
des récits de troisième ou quatrième main, nous permettent d'en reconstituer
le développement avec une vraisemblance considérable. Certains détails,
cependant, resteront inconnus à tout jamais. En ce qui concerne la conception
proprement dite du plan d'une extermination totale, les trois ou quatre
principaux acteurs se sont suicidés en mai 1945. Aucun document n'est resté,
n'a peut-être jamais existé. Tel est le secret dont les maîtres du IIIe
Reich, aussi vantards et cyniques qu'ils aient été à d'autres occasions,
ont entouré leur crime majeur #. » Sur quel autre sujet se satisferait-on
de considérations psychologiques et de récits de troisième ou quatrième
main pour qualifier la reconstitution de considérablement vraisemblable
? Ne voit-on pas même comme une invraisemblance psychologique dans la dernière
phrase citée ? Je ne peux pas me satisfaire de genre d'affirmation. Elle
repose sur du sable : je ne dis pas que M. Poliakov a tort, ou qu'il a raison,
mais qu'il nous donne toutes les raisons de considérer comme des hypothèses
qu'il nous décrit ensuite comme des conclusions. Ces hypothèses seraient
donc à vérifier par d'autres moyens puisque, nous dit-on, il n'existe pas
de documents, aussi difficile à croire que soit quand on a quelques lueurs
sur le fonctionnement de la machine administrative allemande. Il s'est pourtant développé, en marge des institutions, une autre école,
qui se dit révisionniste, assez hétéroclite d'ailleurs, dont le trait commun
me paraît l'insistance sur le fait qu'une partie de l'image que nous nous
faisons de l'Allemagne nazie vient en droite ligne de la propagande de guerre
alliée, propagande qui n'était pas beaucoup plus soucieuse de la vérité
que celle des ennemis qu'elle combattait. Personne d'ailleurs ne niera que
cette propagande ait existé, ni qu'elle ait pu avoir un aspect mensonger
caractérisé. Le « monde libre » nous a habitués, à l'occasion de ses guerres
impériales, à des campagnes d'intoxication très efficaces, la guerre d'Algérie,
les opérations [32] de la C.I.A., l'Indochine, etc. On pourrait multiplier
les exemples ad nauseam #. Chacun le sait mais n'est peut-être pas
conscient que les effets d'une propagande ne se dissipent pas toujours entièrement
après qu'ait vécu l'événement qui en a provoqué le surgissement. J'ai ainsi
longtemps propagé l'idée que la guerre d'Algérie avait fait un million de
morts jusqu'à une époque très récente où quelques amis, mieux au courant,
m'ont charitablement fait savoir que des recherches plus sérieuses situaient
le chiffre entre le tiers et la moitié de celui que j'avais pris, en toute
bonne fois, dans la propagande algérienne. En ce qui concerne l'Allemagne
nazie, personne ne semble s'être donné pour tâche de délimiter nettement
ce qui est propagande, invention des témoins, affabulations officielles
et ce qui relève du domaine des faits prouvables. Ce travail a pourtant
été fait pour la Première Guerre mondiale et pourrait servir de modèle #. Ce n'est pas le lieu de débattre ce sujet au fond. Je ne suis pas historien
de l'Allemagne, mais le problème est justement que ce courant n'est pas
reconnu, que son existence est tue par la presse. L'affaire Faurisson apparaît
justement comme une sorte de percée de l'école révisionniste, d'autant plus
brusque et inopinée qu'elle a été empêchée pendant longtemps. Il faut un
peu la connaître pour comprendre la critique que lui adresse l'historien
François Delpech : « Les « révisionnistes » utilisent tous une vieille méthode polémique dont
l'efficacité n'est plus à démontrer : l'hypercritique. Le procédé
consiste à chercher dans l'immense littérature, forcément très inégale,
qui a été consacrée à la persécution nazie, des erreurs ou des exagérations
qu'ils montent en épingle et ressassent indéfiniment pour jeter la suspicion
sur l'ensemble et tout nier en bloc. « Il y a beau temps que les historiens dénoncent la critique exagérée et
tiennent pour vrai ou pour très probable tout fait attesté par deux sources
indépendantes et bien informées, sous réserve de vérification ultérieure
? Ils acceptent volontiers et [33] même souhaitent les objections
et les remises en question, pourvu qu'elles soient raisonnables et fondées
sur des arguments sérieux. Tel n'est pas le cas actuellement dans la campagne
qui tend à faire douter de la réalité de l'holocauste. Il est cependant
délicat de répondre à l'hypercritique, car on risque de se noyer dans le
détail et de perdre de vue le dessin de l'ensemble. » On peut, sur le principe, répondre que la notion d'hypercritique est rarement
employée parce qu'elle est instable et même, d'une certaine façon, contradictoire.
Si, comme le dit le Robert, c'est une « critique minutieuse [un]
exercice systématique du doute », il n'y a là rien de vraiment répréhensible.
Descartes était donc un hypercritique. Si l'on veut dire que la critique
n'est plus la critique, que le doute n'est plus le doute, puisque nier l'évidence
n'est pas un doute mais une certitude, alors le mot n'a plus guère de sens.
Mais passons. On s'amusera de voir attribuer aux historiens l'image naïve de la déontologie
journalistique, avec l'histoire des deux sources indépendantes qui se recoupent.
Personne ne travaille de la sorte. Il y a les bonnes sources et les mauvaises,
l'astuce étant de les bien jauger, car on ne peut évidemment presque jamais
s'assurer que deux sources sont indépendantes l'une de l'autre. Mais j'apprécie
surtout le « sous réserve de vérification ultérieure ». Ultérieure à quoi
? N'est-ce pas la porte ouverte aux remises en cause, si d'aventure la vérification
tarde, ou s'avère impossible ? Notons aussi la probité qui consiste à souhaiter
« les objections et les remises en question » fondées sur des « arguments
sérieux ». On pourrait croire que l'historien, attaché à dissiper tous les
doutes, va démontrer que les arguments de Faurisson ne sont pas sérieux,
qu'ils ne résistent pas à l'examen. « Tel n'est pas le cas », dit-il en
manière de réfutation définitive, et d'ajouter qu'on risquerait de se «
noyer dans le détail ». Voilà donc une bonne partie de ses confrères condamnés
au chômage pour avoir commis l'erreur de s'attacher aux détails. On aura
compris que l'hypercritique se révèle très précieuse pour se sauver d'une
noyade, à laquelle on n'hésite pas à condamner le poisson. Le plus incroyable, donc, pour qui s'inquiète de cette question, est - entre
l'énormité des faits et la généralité de leur représentation - l'étroitesse
des sources, si l'on veut bien écarter la foule des témoins qui n'ont pas
vu mais qui ont entendu [34] dire. Il est proprement stupéfiant de constater
que la pièce maîtresse est l'ensemble des aveux passés devant les tribunaux
alliés par les chefs de camps allemands. Si l'on veut bien imaginer un instant
la situation de ces hommes vaincus, jouant leur peau entre les mains de
leurs geôliers, un petit jeu ou vérité et mensonge sont les éléments de
base d'une tactique de survie, on ne se dira pas prêt à tout prendre de
leurs déclarations pour argent comptant. Mais que prendre et que laisser
? Il n'existe pas d'étude exhaustive de tous les procès faits aux responsables
nazis en Allemagne, en Pologne, en U.R.S.S., en France, etc. Tout le monde
ne peut pas aller aux archives mais chacun peut se donner le frisson de
l'esprit critique en relisant les confessions de Hoss, l'un des commandants
d'Auschwitz, en relevant les incohérences et les bizarreries, en ayant à
l'esprit qu'il écrivait dans sa prison, avec l'aide du juge d'instruction
polonais, avant son Jugement et, au bout du tunnel, la corde de l'échafaud.
Voilà un petit exercice critique, à la portée de tous, et qui est fort salubre
#. D'autres documents émanent de témoins, involontaires ou occasionnels ; les
plus connus sont Gerstein, Kremer, Nyiszli etc. Ce n'est pas à moi d'entrer
dans le vif du sujet. Je dirai seulement que les étrangetés abondent, qu'elles
sont bien sûr connues des auteurs qui appuient leurs thèses sur ces témoignages,
et qu'ils leur fournissent des explications qui sont, je crois, discutables,
c'est-à-dire que l'on devrait pouvoir les discuter. C'est une partie importante
du débat, qui n'a pas véritablement eu lieu #. Les éléments nouveaux, dans l'ordre documentaire, sont rares. Pourtant,
ainsi que le prévoyait l'auteur révisionniste américain A.R. Butz #, les
services de renseignement américains détenaient dans leurs archives des
photos aériennes prises en 1944, à basse altitude, au-dessus du complexe
d'Auschwitz. Des analystes de la C.I.A. en ont publié une série qu'ils ont
tâché de confronter avec les éléments historiographi[34]ques fournis
par les commissions d'enquête polonaises #. Ces clichés datent du 4 avril,
du 26 juin, du 26 juillet, du 25 septembre, c'est-à-dire une période, si
je me réfère à Léon Poliakov #, où les incinérations atteignaient les chiffres
les plus élevés : 12 000 à 15 000 par jour en mai-juin, et même 22000, selon
le témoignage du Dr Robert Lévy #. Les photos montrent les environs des
crématoires déserts. Pas de foule, pas d'agitation visible, pas même d'activité.
On voit une fois un groupe de détenus près d'un train non loin des crématoires.
Le texte ajoute : « Bien que les survivants se souviennent que de la fumée
et des flammes sortaient continuellement des cheminées des crématoires et
qu'elles étaient visibles des kilomètres à la ronde, la photographie que
nous avons examinée n'en offre aucune preuve positive » (p. 11). Le reste
est à l'avenant. Les deux analystes, qui ont le texte polonais en main,
ne songent évidemment pas un instant à mettre quoi que ce soit en doute.
Ils essaient simplement de repérer sur les photos les éléments d'information
qu'ils ont, mais, curieusement, ces photos n'apportent rien. On peut tout
au plus dire qu'elles ne confirment pas ce qui est écrit de l'utilisation
des crématoires. Sans être un maniaque de l'hypercritique, on peut souhaiter
que de telles contradictions ne soient pas simplement laissées telles quelles. Si certains croient pouvoir se satisfaire des données disponibles, d'autres
semblent convaincus qu'il reste encore beaucoup à découvrir. On apprend
ainsi incidemment dans le Monde que le président Carter a nommé une
commission spéciale « afin de rassembler la documentation sur le génocide
des juifs lors de la Seconde Guerre mondiale », qu'elle est présidée par
Élie Wiesel (ancien déporté à Auschwitz), qu'elle a envoyé une délégation
de quarante-quatre membres en Pologne, en U.R.S.S. et en Israël, qu'à Moscou
ils ont rencontré l'ancien [36] procureur soviétique de Nuremberg,
devenu procureur général de l'U.R.S.S. : « Selon Élie Wiesel toutefois,
c'est leur rencontre avec le procureur général Roman Rudenko qui a présenté
le plus d'intérêt, compte tenu de l'objectif de cette visite. Les Soviétiques
détiennent en effet les plus riches archives sur les camps d'extermination
(leurs troupes ont libéré Auschwitz Treblinka, Majdanek, etc.). Jusqu'à
présent les chercheurs occidentaux n'y avaient pas accès. A la suite de
cet entretien, les membres de la commission américaine espèrent que les
Soviétiques leur ouvriront ces archives #
[37]
II.- L'air du temps, le temps se couvre
Je dois certainement faire part au lecteur des convictions qu'une brève
étude de cet énorme dossier peut avoir suscitées en moi. Une seule, ferme,
bien assise : on peut douter que les choses se soient passées ainsi. La
version de l'histoire de l'extermination telle qu'elle est donnée dans la
déclaration des historiens, dans l'article de François Delpech, qui reprennent
celle de Poliakov et d'innombrables livres, laquelle reprend à son tour
les travaux un peu hâtifs, non exempts de certains partis pris, du Tribunal
militaire interallié de Nuremberg, cette version qui a tous les caractères
d'un credo universel me paraît souffrir de très étonnantes faiblesses. Elle
a les vertus d'une hypothèse cohérente en apparence, confortée par des documents
interprétés sélectivement. On n'a pas pris assez garde que d'autres interprétations
sont également possibles, sans choquer la raison. Cette version des choses
laisse beaucoup trop de questions irrésolues pour être considérée par des
esprits de sang-froid comme définitivement acceptable. Pour le reste, je ne sais pas. Y a-t-il eu des chambres à gaz à Auschwitz,
et ailleurs ? Faurisson et d'autres pensent que non. Je connais leurs arguments,
je connais ceux de l'opinion adverse, je suis incapable de décider. Car
enfin, même si l'on peut s'assurer qu'il était impossible que les choses
se passent comme le disent des témoignages de valeur douteuse, il a pu se
passer autre chose, à un rythme moins rapide, à une échelle plus réduite.
Je ne vois pas comment en conscience je pourrais dans l'état actuel des
recherches, trancher. Ce sera la tâche, je crois, d'une prochaine génération
d'historiens professionnels. Il y a eu des déportations et des morts en quantités énormes. Les chiffres
que l'on en donne sont de simples estimations, et les discordes à ce sujet
sont importantes. Avec la certitude qu'une très grande majorité des déportés
juifs avaient été gazés, on n'a jamais fait de recherche sérieuse sur ce
que sont devenus les déportés après leur départ, à l'échelle globale. Les
chiffres mêmes de la déportations ne sont connus qu'avec une extrême imprécision.
On sait par exemple qu'un institut officiel français se refuse à les publier.
Pour d'autres pays, on ne sait même pas si les données ont été collationnées.
Il y a sans doute eu des gazages artisanaux, mais la question des méthodes
industrielles d'extermination n'est pas traitée d'une façon qui répon [38]
drait à toutes les questions que l'on est en droit de se poser sur le fonctionnement
de toute autre entreprise industrielle, dans un autre contexte. C'est ce
que j'ai appelé le comment du pourquoi #. Tout cela converge vers un ensemble
de doutes lancinants, qui incluent mais qui dépassent la seule question
de l'existence des chambres à gaz. Si l'on veut bien me reconnaître le droit
de savoir, à moi comme aux autres, on ferait bien de ne pas mettre d'obstacle,
de ne pas imposer de préalable à des enquêtes qui devraient un jour dissiper
le « brouillard » dont parle Poliakov. Beaucoup de mes amis s'effraient. Qu'on le veuille ou non me disent-ils,
même avec les plus nobles motivations, soulever ce genre de question revient
à mettre en doute la réalité du génocide, à donner des arguments aux antisémites
et à aider la droite. De plus, ajoutent les plus soucieux de ma tranquillité,
tu seras toi-même assimilé aux antisémites. Lourde responsabilité, graves risques en effet, s'ils venaient à avoir raison.
Que peut-on contre des rumeurs, des déformations dues parfois à de sincères
indignations, des perfidies où les sentiments se mêlent ? Je ne suis pas
homme à avoir recours à des tribunaux, je ne voudrais pas me battre, je
n'estime pas assez les insulteurs pour leur rendre la monnaie de leur pièce.
Je n'ai comme protection que le bon sens des autres, que la certitude qu'un
malentendu peut se dissiper avec un peu de bonne volonté, et surtout l'assurance
que l'on peut vivre en supportant des désaccords, même avec des proches.
Après tout, il n'y a pas beaucoup de gens de ma génération politique avec
qui je me sols senti toujours d'accord sur tout. L'affaire n'est donc pas
très personnelle mais, si l'on insiste, que mes écrits répondent de moi
#. J'écarte aussi l'idée que l'on pourrait donner des arguments aux antisémites
: ces gens-là n'en ont pas besoin. Ils [39] ont derrière eux une
solide tradition de faux, de mensonges et de calomnies. Il suffit. Aider la droite est par contre une objection qui mérite examen. On remarquera
d'abord qu'il ne s'agirait guère d'une aide directe. Au moment où l'affaire
Faurisson a fait la une des journaux, ministres et députés giscardiens ont
été parmi les plus agressifs. D'un autre côté, tous ceux qui ont été à un
moment ou à un autre gaullistes, et ça fait du monde, considèrent probablement
que la légitimité politique actuelle prend ses sources à la Libération,
époque où toutes les culpabilités ont été massées sur l'Allemagne. On ne
voit pas bien ce qu'ils pourraient faire d'une éventuelle révision. Si l'on
va plus à droite, on trouve une frange pétainiste qui charge aussi l'Allemagne
de tous les péchés pour mieux mettre en relief la bénévolence de leur maréchal.
Il reste la droite fasciste et le conglomérat appelé « nouvelle droite ».
Je laisserai à d'autres le soin de déterminer si ses inspirateurs sont des
loups déguisés en agneaux, ou seulement d'anciens fascistes qui se sont
un peu rangés. Il semble qu'elle plonge quelques racines dans le terreau
de l'hitlérisme mais que ses seules chances de succès politiques résident
dans un modernisme qui lui interdit de se présenter comme continuatrice
du nazisme. Comme les états-majors se préparent toujours pour la dernière
guerre, l'antifascisme n'est prêt qu'à affronter des formes disparues. Que
reste-t-il ? Les anciens de la division Charlemagne ? Quelques autres admirateurs
du Führer ? Ils n'ont pas d'existence politique. Aucune aide n'empêchera
ces fantômes de finir de se dissoudre. Réduisons la question à son articulation centrale : ôter un crime majeur
du catalogue des ignominies nazies reviendrait à réhabiliter le IIIe Reich
ou à le « banaliser », à le rendre comparable à d'autres régimes politiques.
Ceci procède d'un amalgame : on suppose aux auteurs qui mettent en doute
l'existence des chambres à gaz l'intention de mettre en doute toutes les
autres horreurs beaucoup mieux connues et attestées. Ce n'est qu'un procédé
polémique. Pour ceux qui veulent combattre la peste brune pour ne jamais
en voir le retour, toute la question est de juger du bon moyen : accumuler
le maximum d'histoires atroces, avec le risque de se voir reprocher des
exagérations ou même des inventions, ou alors délimiter un ensemble de vérités
irréfragables, peut-être moins frappantes pour l'imagination, mais que nul
ne pourra mettre en doute.
[40] J'ai constaté ainsi avec surprise que dans la littérature spécialisée
on ne fait nulle part mention de quelque chose dont j'ai entendu parler
mille fois : le savon que l'on aurait fabriqué avec des cadavres juifs.
On a pourtant vu de ces savons. J'avoue éprouver un certain soulagement
à l'idée que ces objets répugnants sont aussi mythiques que les clous de
la sainte croix, les poils de la barbe du prophète, la dent du bouddha,
que j'ai vus ici et là. Je remarque aussi que l'un des trente-quatre historiens signataires, E.
Le Roy Ladurie, reprenant les chiffres établis par un démographe soviétique
dissident qui impute au stalinisme un déficit net de 17 millions de personnes,
apporte un soulagement : en écartant des calculs fantaisistes et assez incroyables
comme ceux de Soljénitsyne (60 millions), il circonscrit le phénomène, il
aide à le rendre intelligible et il fournit une base beaucoup plus probable
et vraisemblable à un jugement, à une évaluation morale et politique. Personne,
ce me semble, n'a accusé Le Roy Ladurie de vouloir de la sorte « banaliser
» le stalinisme ni le réhabiliter. On sait par ailleurs qu'il en est bien
guéri. On perçoit au contraire qu'il s'agit d'établir une pièce incontestable,
et d'autant plus accablante de ce fait, dans un procès qui reste à instruire
complètement, puisque les successeurs de Khrouchtchev y ont renoncé. Alors deux poids, deux mesures ? Je ne crois pas. La différence, c'est que
les propos de Le Roy Ladurie reprennent ceux d'un dissident soviétique dont
on attendrait plutôt qu'il fasse comme Soljénitsyne, qu'il en rajoute. Le
fait qu'il en retranche sur des estimations courantes est ressenti comme
la preuve que son seul souci est celui de la vérité. Les affirmations des
révisionnistes concernant les chambres à gaz et le chiffre, corrélativement
réduit, des victimes de la déportation ne sont pas généralement attribués
à un pur souci de vérité. On les suppose de simples instruments, utilisant
de mauvaise foi les lacunes de la documentation ou exploitant le caractère
conjectural des chiffres habituellement avancés. (On sait que le chiffre
de six millions est une estimation dénuée de caractère scientifique et qui
reste discutée entre tenants de la même tendance historique ; il existe,
avec les mêmes méthodes, des estimations nettement plus hautes et d'autres
nettement plus basses. Il n'y a aucune raison d'affirmer, comme le font
certains, que l'on ne saura jamais, tant que la totalité des archives n'aura
pas été fouillée. C'est très loin d'être le cas.) On leur refuse la confiance
parce [40] qu'en retranchant du nombre des victimes, ils semblent
tirer un profit politique alors que le dissident soviétique qui fait la
même chose semble perdre un avantage politique. Ceci me paraît indubitable
s'il s'agit bien d'une droite qui, souterrainement, cherche à saper la condamnation
morale dont le nazisme fait presque universellement l'objet. Que certains,
des individus ou des groupes, manifestent ce genre de duplicité, c'est non
seulement possible, mais probable. Il y a, parmi les auteurs révisionnistes
(j'ai dit que cette « école » était hétéroclite), des gens qui sont idéologiquement
des nazis. Il en est d'autres qui ne le sont pas. Mais cette question doit
passer au second plan si l'on prend garde que le critère de la rentabilité
politique d'une affirmation ne coïncide pas avec le critère de la vérité
des faits. Pour en finir avec cet exemple, je ferai remarquer que Le Roy
Ladurie n'a évidemment pas les moyens de vérifier par lui-même les dires
du démographe soviétique, et il ne le prétend pas ; il ne fait qu'exposer
ces dires en cautionnant par là-même la probabilité que ces dires soient
vrais, puisque ni lui ni le dissident n'en tirent profit. Mais sur le fond
nous sommes dans l'impossibilité de savoir si ce qui est dit est vrai. Nous
échangerons l'estimation courante que nous avions en tête pour adopter celle
que Le Roy Ladurie propose, à cause du critère de l'intérêt politique de
son auteur : c'est évidemment très flou et, à seconde vue nous n'accepterons
ce chiffre qu'à titre provisoire, en attendant mieux. Mais on ne peut pas
faire une règle de n'accepter une affirmation que si l'on se persuade que
son auteur n'a aucun intérêt politique à l'exprimer. Ceci reviendrait à
rejeter comme fausse toute affirmation qui conforterait un point de vue
établi. La réalité est beaucoup plus ambiguë, sans même insister sur le
fait que l'on ne mesure pas toujours bien la façon dont autrui comprend
ses propres intérêts politiques. J'ai eu quelques conversations curieuses
en Algérie, après l'indépendance, avec des gens qui ne comprenaient pas
que je critique très violemment la politique de De Gaulle : pour eux, qu'un
Français choisisse de mettre son intérêt politique dans la cause de l'indépendance
algérienne le rendait traître à là France et condamnable, comme ils condamnaient
les traîtres l'Algérie.
Les propagandes suscitent les contre-propagandes, et l'on perd son âme (on
dit aujourd'hui sa crédibilité) à se compromettre dans les unes comme dans
les autres, au nom d'intérêts qui sont par nature changeants. Pour certains,
et pour moi, la [42] vérité est la seule arme que l'on
ne peut pas retourner contre celui qui l'utilise. Que l'intérêt politique
coïncide ou non avec elle est affaire de circonstances, de choix, de morale
politique.
Il en est des mythes politiques comme des boules de neige : plus ils roulent,
plus ils grossissent. Nous en avons un exemple tout frais sous les yeux.
Pour avoir suivi de près, depuis une dizaine d'années la situation au Cambodge,
je me suis cru autorisé à écrire ceci : « C'est vers le début de 1977 qu'apparaît
d'abord dans la presse de droite américaine, le chiffre de deux millions
de morts. Si l'on examine de près les faits sur lesquels il repose, on se
rend compte qu'il est totalement fabriqué Les deux millions lancés par la
presse américaine ont été repris tels quels par la propagande de Hanoi qui,
brusquement, sans explication, est passée à trois millions, chiffre repris
sans vergogne par la presse occidentale (Antenne 2, le Monde), habituellement
moins empressée de répéter ce que dit Hanoi. Un mythe est efficace quand
il arrange tout le monde # » Et je croyais pouvoir ajouter : « Il ne paraît
pas déraisonnable de dire que depuis 1975 il y a eu un million de morts,
peut-être moins, peut-être plus. » Je m'inscris donc en faux contre les
Lacouture et leur invention aberrante de l'idée d'« autogénocide », contre
les André Fontaine qui disent que le chiffre de trois millions est accepte
par tout le monde, les Sihanouk, les journaux communistes, etc. Le lendemain,
on trouve une petite dépêche. de l'A.F.P. dans le Monde, en bas de
page, en provenance de ceux qui possèdent les plus amples moyens de s'informer
: « Selon les estimations du Département d'État américain, environ 12 million
de Cambodgiens sont morts depuis 1975 du fait de la guerre et de la famine,
réduisant la population du Kampuchéa à environ 5,7 millions de personnes
#. » Cette estimation est réductrice, elle n'a aucune chance de faire la une
des journaux bien qu'elle soit de loin la meilleure aux yeux des quelques
experts de la situation au Cambodge. Elle ne change, c'est évident, rien
au jugement que l'on peut porter sur tel régime politique. On pourrait croire
qu'elle va néanmoins donner un coup d'arrêt, même discret, à l'inflation
des médias, en un mot que les journalistes vont la lire et la prendre en
considération. Quelques jours plus tard, le 11 octobre, le commentateur
d'Antenne 2, dans « Spéciale Cambodge » dit qu'« il y avait huit millions
de Cambodgiens il y a [43] deux ans, il y en a quatre aujourd'hui
», sans même remarquer que cela veut dire qu'il n'y aurait pas eu de morts
avant 1977. Le lendemain. Le record est battu par J.-M. Cavada, sur F.R.3
qui affirme qu'il reste 3 millions de Cambodgiens sur 7 millions. Pour
Libération du lendemain, il en reste 2. Pour moi qui passe
des mois à obtenir et à scruter des documents, à analyser des interviews
à tenter de reconstituer péniblement des faits à peu près intelligibles,
qui connais le pays, les gens et la gravité de la situation, je me fais
l'effet d'être un idiot, que l'on matraque à coups de chiffres déments.
Et si je proteste au nom de ce que je crois être l'élémentaire vérité, on
me regarde d'un drôle d'il : n'aurait-il pas des sympathies cachées pour
Pol Pot ? Veut-on un autre exemple tout chaud ? De petits malins lancent le bruit
: « Bokassa anthropophage ». On comprend très vite, en lisant attentivement
quelques bons journaux qu'il s'agit d'un canard. Peu importe, le mythe est
lancé ; joli rideau de fumée pour justifier après coup l'intervention militaire
française en Centrafrique. Il fallait anesthésier l'opinion publique, surtout
africaine. Le mécanisme de tout cela est simple : en rajouter, agrémenter de détails
auxquels on ne penserait pas spontanément, et qui font d'autant plus vrais.
Les hitlériens excellaient à ce petit jeu, mais les communistes et les démocraties
occidentales n'y sont pas moins bons. Si les intellectuels ont quelque responsabilité
dans ce bas monde, c'est la déconstruction et non la consolidation. La recherche
pénible, souvent rebutante, parfois impossible, de la vérité n'aidera aucune
des forces politiques qui fondent leur domination sur l'ignorance et le
mensonge. Et s'il se trouvait qu'il y ait quelques vérités désagréables
à découvrir dans l'histoire des années quarante, vaut-il mieux que ce soit
la droite qui en ait le crédit, qui s'en serve comme d'une arme, ou la gauche
? Et s'il n'y a rien à trouver, si on vide l'abcès, et qu'on se retrouve
à peu près avec les mêmes conclusions que celles qui sont en vigueur actuellement,
qu'aurions-nous perdu ? Beaucoup, finalement, tomberont d'accord avec ce qui vient d'être dit. Ils
opposeront une dernière objection, qu'ils estiment rédhibitoire : ce n'est
pas le moment de poser ce genre de problème, l'antisémitisme relève la tête,
voyez les livres qui paraissent, les tracts, les attentats. Je répondrai
qu'il faut garder [44] son calme, qu'à y regarder de près il ne se
passe guère plus de choses maintenant qu'auparavant, qu'une certaine inquiétude
monte dans la communauté juive, c'est possible, mais que l'inquiétude monte
un peu partout. L'idée que l'antisémitisme monte est une idée qui a constamment
été reprise depuis la guerre : il n'y a jamais eu de période où l'on a dit
qu'il baissait. C'est donc une idée fausse, un effet de perspective. S'il
fallait attendre qu'il ait disparu, on serait aux calendes grecques. Il
ne faut pas se faire d'illusion : la question de l'existence des chambres
à gaz a déjà été posée plusieurs fois depuis vingt ans, elle le sera encore,
que l'on s'en occupe ou non. Des articles, des livres s'accumulent, qui
ne reçoivent pas d'autre réponse que : cette question n'existe pas. En Allemagne,
ils sont interdits et leurs auteurs sanctionnés. C'est une tactique à très
courte vue, qui ne présage rien de bon. On ne doit pas réprimer dans
cette affaire. C'est pourtant ce qu'une partie de la gauche a cru devoir
faire. J'ai d'autres propositions à faire, qui sont les suivantes : 1° Arrêter les poursuites judiciaires contre Faurisson (ou d'autres).
Les tribunaux ne sont pas en mesure de résoudre quoi que ce soit. De
plus, je ne trouve pas honorable de s'attaquer à un homme seul sous le motif
que ses opinions sont choquantes. Il est non seulement trop facile mais
stupide de s'abriter derrière les lois. Je pense à celles que le Front populaire
a votées pour réprimer la propagande fasciste et que la droite a utilisées
pendant la guerre d'Algérie, et encore maintenant, contre ceux qui la critiquent
ou qui simplement gênent sa politique (par exemple, l'affaire Alata, l'affaire
Mongo Beti, etc., livres interdits parce qu'ils décrivent de l'intérieur
des dictatures africaines « amies » de la France) ; 2° Ouvrir un débat de technique historique. Il faut sans doute commencer
par examiner les arguments de Faurisson et des révisionnistes, sans hésiter
à se « noyer dans les détails ». Ce sont des détails qui comptent ! Il serait
souhaitable qu'un ensemble d'historiens acceptent de s'atteler à cette tâche.
Le lieu et la forme du débat reste à fixer entre ceux qui voudraient y participer
; 3° Se donner les moyens d'élargir les sources. Il faudrait demander
des avis et des expertises techniques. A côté de cela, il reste des archives
qui n'ont pas encore été exploitées, en particulier des archives allemandes
qu'il faudrait inventorier aux États-Unis, en France et évidemment, avant
tout, en Union soviétique. Je ne croirais pas inutile une démarche auprès
des autorités gouvernementales pour qu'elles agissent dans leurs négociations
avec les Soviétiques afin que l'accès à ces archives devienne une contrepartie
à des avantages convoités par eux ; 4° Faire largement connaître les résultats de ces recherches en évitant
de leur donner un caractère de vérité officielle. Il importe que ces
affaires restent entre honnêtes gens et gens honnêtes, ce qui implique que
ne s'en mêlent pas les pouvoirs publics et politiques, syndicaux et religieux,
etc. Je ne sais si je demande trop. Il me semble que c'est le moins que
l'on puisse faire. 14 octobre 1979. |