Un rapport secret de Jan Karski

Published: 1986-12-01

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Un des plus proéminants témoignage qui a été utilisé pour justifier l'histoire de l'Holocauste est celui de l'espion et propagandiste de la deuxième guerre mondiale Jan Karski. L'ancien messager de la résistance polonaise, né Jan Kozielewski, écrivit un rapport sur son expérience au sein de la Pologne occupée, 'Histoire d'un Etat Secret' (Story of a Secret State) qui fut um best-seller aux Etats-Unis il y a 40 ans. Le plus récent coup d'éclat de Karski fut son apparition dans le film Shoah (pour lequel il reçut beaucoup d'éloges en dépit de ses opinions fortement anti-polonaises affichées) dans lequel sa description de l'agonie du ghetto de Varsovie lui gagna des louanges supplémentaires pour son rôle de 'Juste'. Il est su depuis longtemps dans les milieux académiques à tendance révisionniste que le récit de Karski concernant sa prétendue visite à un camp pour Juifs situé près de Belzec lui a perdu depuis longtemps la faveur des principaux propagandistes exterminationnistes. Comme Arthur Butz l'a mentionné, "une nouvelle version aseptisée de son histoire" est apparue dans l'ouvrage de Walter Laqueurt 'Le Terrifiant Secret.'[1] Laqueurt ressentit la nécessité d'expliquer l'incapacité de Karski à voir des chambres à gaz en disant que "apparament...celles-ci étaient cachées derrières des barrières et ne pouvaient ête approchées qu'avec un permis spécial."[2] Karski ne s'est pas fait posé de questions sur sa visite à Belzec lors de son interview avec Claude Lanzmann (Shoah), et plus récemment Raul Hilberg a émis des doutes quand à la visite de Karski à Belzec. "Je ne mettrais pas son nom comme référence dans l'un de mes livres", déclara-t-il.[3] Comme le chercheur révisionniste Mark Weber a écrit plus tard, l'affirmation de Karski selon laquelle les Juifs étaient à Belzec mis dans des trains et réexpédiés hors de ce camp est plus consistante avec le point de vue révisionniste qui considère ce camp comme un camp de transit pour les Juifs déportés vers l'est plutôt qu'un camp d'extermination.[4]

Il n'y a pas si longtemps une traduction d'un rapport secret écrit avant ces événements et soummis par Jan Karski au gouvernement polonais en exil est apparu dans un journal juif de New-York[5]. Dans ce rapport, intitulé Zagadnienie Zydowskie w Rraju (Le problème juif dans notre pays), Karski fournissait des informations sur les Juifs et Polonais vivant sous l'occupation nazie et soviétique, mais aussi sur sa propension à trafiquer les faits lorsque nécessaire quand celui-ci désirait s'en servir comme arme de propagande. Le rapport de Karski, qui porte une mention manuscrite "à être utilisé", fut soummis au Gouvernement Polonais en Exil, alors basé à Angers, France (février 1940).

Karski revenait juste de Pologne, où il fut gardé prisonnier par les envahisseurs russes, retourné aux Allemands, avant de s'évader pour rejoindre la résistance polonaise à l'automne 1939. Selon l'introduction de son rapport, qu'il composa lors de son arrivée à Angers, il ne fit pas une étude particulière de la situation des Juifs alors qu'il se trouvait dans sa patrie.[6] Néanmoins, Karski fit quelques observations prudentes. Après avoir décrit la situation des Juifs dans les territoires annexés par les Allemands en 1939 et dans le Gouvernement Général, Karski décrivit le rôle des Juifs dans la partie orientale (devenue soviétique) en 1939 de cette façon:

"Il n'y a pas de distinctions faites ici entre les groupes ethniques et religieux. Tous peuvent trouver une possibilité de travailler et un statut égal devant la loi. Les Juifs sont chez eux ici, pas seulement parce qu'ils ne subissent pas les persécutions, mais aussi parce qu'ils possèdent, grâce à leur habilité à s'adapter à toutes les nouvelles situations, un pouvoir de nature économique et politique. Ils ont infiltré la vie politique; dans bien des cas, ils ont pris les postes clef dans ce domaine. Ils jouent un rôle déterminant dans les syndicats d'usines, aux hautes études, et pratiquement dans tout le commerce. Mais en plus de cela ils sont impliqués dans des prês usuraires et le marché noir, la contrebande, le trafic de devises, l'alcool, la spéculation et d'autres inérêts immoraux. Sur ces territoires dans la majorité des cas leur situation est meilleure économiquement et politiquement que ce qu'elle était avant la guerre. Celà s'applique premièrement à la classe des petits commerçants, les prolétaires et les personnes semi-éduquées. Les milieux plus éduqués (propriétaires d'hôtels, de terres, d'usines, de magasins, aussi bien que les avocats, médecins, ingénieurs, etc...) sont sujets en principe aux mêmes restrictions en tant que groupe, comme le sont les autres nationalités à l'intérieur du système soviétique."

Karski en arriva à écrire au sujet de l'attitude des Polonais envers les Juifs dans la zone d'occupation russe:

"L'attitude des Juifs à l'endroit des bolchéviques est regardée parmis la population polonaise comme très positive. Il est généralement considéré que les Juifs ont trahi la Pologne et les polonais, qu'ils sont en général communistes, qu'ils ont accueilli les envahisseurs avec des drapeaux déployés. Dans les faits, dans la plupart des villes les Juifs ont accueilli les bolchéviques avec des roses, des déclarations conciliantes et des discours chaleureux, etc... Cependant, nous devons ici mentionner qu'il y a des distinctions à faire. Il est certain que les Juifs ont adopté cette attitude quel que soit leur rang social. Les Juifs prolétaires, les petits commercants, les artisans et tous ceux dont la position s'est grandement améliorée par rapport aux vexations et excès de l'ancien régime ont eu cet élan d'enthousiasme. Leur attitude semble compréhensible. Cependant, il y a des cas peu reluisants ou des Juifs dénoncent les Polonais, les étudiants nationalistes polonais et les politiciens polonais lorsque ceux-ci dirigent le travail de la police bolchévique derrière leurs bureaux ou sont membres de la police politique. Il y a clairement des tentatives de diffamation par association avec l'ancien régime. Malheureusement il est nécessaire de dire que de tels incidents sont communs, plus fréquents que les cas ou réellement il y a loyauté envers les polonais ou la Pologne."

Après avoir exprimé sa sympathie pour les Juifs les mieux éduqués, Karski concluait à propos du sentiment des Polonais envers ceuxci:

"En principe, cependant, dans la majorité des cas les Juifs ont crée ici une situation où les Polonais les regardent comme des agents bolchéviques et, nous pouvons le dire, attendent le moment propice pour prendre leur revenche contre eux. Pratiquement tous les Polonais sont enragés et désapointés à propos des Juifs: les jeunes particulièrement parlent de leur faire payer dans le sang cette trahison."

Karski consacre le reste de son rapport sur le problème Juif en Pologne occupée aux mesures anti-juives (nullement contestées par les révisionnistes) des nazis qui réussirent à gagner le respect et la sympathie d'un nombre considérable de Polonais. Après avoir affirmé que le but des mesures allemandes vis-à-vis les Juifs en Pologne étaient le pillage et les persécutions, Karski résume la situation ainsi:

"Il doit être admis qu'ils réussisent à merveille dans ce cas. Les Juifs payent et payent...., et les paysans polonais, les ouvriers, les gens peu éduqués affirment: maintenant ils leur donnent enfin une leçon. Nous devrions apprendre d'eux. Les juifs sont foutus. Quoi qu'il advienne, nous devons remercier Dieu que les allemands soient venus et aient pris en charge le problème juif, etc. Je dois le dire et en prendre la responsabilité, ces mesures sont un instrument puissant entre les mains des Allemands. Il serait erroné de penser que ces seules mesures pourraient leur accorder le soutien de la population. Cependant, même si les gens les détestent, cette question crée un fragile pont pour lequel les occupants et la nation polonaise se trouvent des points d'intérêt communs. Il est certain que les Allemands désirent renforcer ce pont. Cette situation risque de démoraliser de larges segments de la population, et cela peut créer de sérieux problèmes aux autorités qui auront à reconstruire l'état polonais. C'est difficile; la leçon n'est pas perdue. De plus, la présente situation crée un schisme entre les habitants de ce territoire, premièrement un schisme entre les Juifs et les Polonais contre un ennemi commun, deuxièmement parmis les Polonais entre ceux qui méprisent les méthodes barbares des Allemands et ceux qui regardent ceux-ci avec curiosité et fascination."

Karski et ses supérieurs ne pouvaient pas cependant laisser les choses dans cet état. Possiblement pour éviter d'offenser les officiels britanniques et français qui pouvaient lire le rapport, mais plus probablement parce qu'il fallait utiliser celui-ci afin de garde l'appui des libéraux de l'ouest et des Juifs de ces pays, Karski prépara une autre version de son rapport ou des passages furent modifiés ou ajoutés. Les nouveaux paragraphes représentaient les Polonais comme sympathiques aux Juifs face à leurs malheurs, et décrivaient les efforts des Allemands pour les gagner à leur cause comme infructueux. Le passage suivant est une réecriture du passage mentionné plus haut et montre ce que Karski et le Gouvernement Polonais en Exil ont imaginé pour rendre plus respectable la situation aux yeux des ennemis de Hitler à l'ouest. Il décrit l'attitude des Polonais ainsi:

"il est nécessaire d'admettre que qu'ils ne réussisent que très partiellement dans cet effort, alors que dans la majorité des cas ils provoquent un effet contraire à leurs attentes. Les Juifs payent et payent...,mais la population polonaise de plus en plus fréquemment dit tout haut: 'C'est déjà trop. Ces Allemands ne sont pas humains. Ces crimes devront être payés un jour ou l'autre par les Allemands. La solution du problème juif par les Allemands est supposée être utilisée pour se gagner la faveur des couches de la population polonaise. Certainement il serais une erreur de supposer qu'ils s'attendent à ce que cette donnée seule puisse leur gagner le soutien du peuple. Ils savent que le peuple polonais les détestent royalement, mais en même temps ils pensent que ces mesures vont crée un pont fragile entre eux et certains polonais. Ils savent de surcroit, et ils s'attendent à cela, que leurs méthodes à l'endroit des Juifs menacent de démoraliser de larges segments de la population et cela nuira à la reconstruction de l'état polonais. Ils pensent aussi que la situation présente créera un schisme parmis les gens vivant sur ce territoire, premièrement un schisme entre Juifs et Polonais dans leur combat contre un ennemi commun, et, deuxièmement, un schisme entre les Polonais, un groupe indigné par leurs méthodes barbares (conscients du danger de celles-ci) et l'autre regardant ces méthodes avec fascination et curiosité. En ce moment il est difficile de dire jusqu'à quel point les Allemands comprennent que ce groupe est petit et va même avec le temps se rapetisser."

Le rapport Karski, intéressant en lui-même à cause de sa description des activités pro-soviétiques de plusieurs Juifs dans la partie orientale de la Pologne, fournit d'avantage de preuves sur la propension de Karski à mentir dans un but propagandiste. En effet, le rôle de Karski en tant que propagandiste en charge de la diffusion des récits les plus horribles sur les atrocités allemandes parmis les représentants des médias britanniques et américains était encore plus important encore que son rôle de messager aux yeux de ses supérieurs du Gouvernement Polonais en Exil, en quête d'alliances et de soutien (financier ou autre). Comme son successeur Jan Nowak ecrivait: La route me fut ouverte par mon prédécesseur Jan Karski. Doté d'une grande clairvoyance politique, extremement imaginatif, et parlant un excellent anglais, Karski fit un excellent travail d'activiste politique et de propagandiste des deux côtés de l'Atlantique. Il a parlé avec Churchill, Roosevelt, et un grand nombre de politiciens influents et des journalistes britanniques et américains. Son livre 'The Story of a Secret State' fut un succès aux USA. "J'espère", déclara le ministre de l'intérieur Mikolajczyk , "que vous allez devenir un autre Karski".[7] A travers son activité maintenant de 'témoin occulaire' de l'Holocauste, et sa défense du film anti-polonais de Claude Lanzman Shoah, le prétendu 'Juste' Jan Karski semble avoir repris son rôle de propagandiste pour des intérêts différents.


Notes

[1]
Arthur Butz, "Perspective in the 'Holocaust' Controversy," JHR, Vol. 3,no. 4 (Winter 1982), p. 388. Reprinted in Butz, The Hoax of the Twentieth Century, IHR, 1985, p. 352.
[2]
Walter Laqueur, The Terrible Secret, New York: Penguin, 1982, p. 231.
[3]
Interview by Emie Meyer, Jerusalem Post, week ending June 28, 1986, p.9.
[4]
"An Open Letter to Rev. Mark Herbener," Christian News, April 27, 1987,p. 1.
[5]
David Engel, "An Early Account of Polish Jewry under Nazi and Soviet Occupation Presented to the Polish Govemment-in-Exile, February 1940," Jewish Social Studies, Vol. XLV, no. 1 (Winter 1983), p. 1.
[6]
Toutes les citations du rapport Karski sont prises de la traduction de l'article de Engel. Des fragments d'une traduction légèrement différente du rapport Karski apparurent plus tard dans une lettre de l'historien bri tannique Norman Davies, qui fut publiée dans The New York Review of Books, April 9, 1987 ("Poles and Jews: An Exchange")
[7]
Jan Nowak, Courier from Warsaw, Detroit: Wayne State University, 1982, p.234.

Translated by Jean-Francois Beaulieu, from The Journal of Historical Review


Additional information about this document
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Author(s): Theodore J. O'Keefe
Title: Un rapport secret de Jan Karski
Sources: The Journal of Historical Review, vol. 7, no. 4 (winter 1986), pp. 504-509
Contributions:
  • Jean-François Beaulieu: translator
Published: 1986-12-01
First posted on CODOH: June 29, 1995, 7 p.m.
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